KeoT

17/02/2020

Partagez l'article couverture du kivre Éclats de silicium

KeoT partage régulièrement ses textes de science-fiction, fantasy et fantastique sur Wattpad ou encore sur son blog. Très actif sur Twitter, il est à l’origine du Défi Micronouvelles, rendez-vous quotidien de la communauté d’auteurs du réseau social. Trois mois après la sortie de son anthologie de nouvelles Éclats de silicium, il revient sur son parcours littéraire pour plumes-au-vent.fr

Comment êtes-vous venu à l’écriture ?

L’envie d’écrire a commencé vers mes 15 ans, à la suite de la découverte de l’œuvre de H. P. Lovecraft à laquelle mon père m’a initié avec un recueil qui, ironiquement, était majoritairement composé de nouvelles d’August Derleth (qui a repris l’univers de Lovecraft après sa mort). Ces histoires cauchemardesques au ton très « scientifique » ont été vraiment une révélation pour moi à l’époque, je les relisais littéralement en boucle… Et après quelques temps, très spontanément, je me suis lancé dans l’écriture d’une courte nouvelle, puis quelques autres un peu plus longues ont suivi. Des « lovecraftiana » involontaires : j’avais l’impression d’écrire des idées personnelles, mais en réalité je pastichais allègrement (et très mal) le style et l’esprit des récits lovecraftiens. Mais malgré tout, c’était une première approche de l’écriture !
Dans les années qui ont suivi, j’ai continué d’écrire relativement régulièrement, sans y consacrer beaucoup de temps. J’ai envoyé trois textes au Prix du Jeune écrivain, sans succès, mais je n’ai pas cherché outre mesure à tenter la publication à l’époque.
C’est bien plus récemment que je me suis remis à écrire plus « sérieusement » jusqu’à, depuis un peu plus de deux ans, commencer à m’y consacrer – je n’en vis pas, mais j’ai la chance que mes parents acceptent de me laisser m’essayer à cette voie, pour le moment.
Depuis mes 15 ans, forcément, mon style a beaucoup évolué (non sans moments de grande remise en question littéraire parfois…) et même si je revendique toujours une influence lovecraftienne plus ou moins marquée selon les textes, j’ai éloigné le spectre du pastiche et je travaille sur d’autres genres. La science-fiction a eu ma prédilection pendant un temps, mais j’expérimente aussi en fantasy à présent, et je retourne ponctuellement au fantastique.

Quelles sont vos influences ?

couverture du livre Urbex

Elles sont assez nombreuses, et variables en fonction des périodes, ce qui me disperse et complique un peu les choses pour les projets de longue haleine, d’ailleurs… Pour citer quelques auteur.e.s parmi ceux et celles qui m’ont le plus marqué et qui, à mon avis, impactent le plus mon imaginaire et mon écriture, il y a bien entendu Lovecraft que j’ai déjà évoqué, mais aussi le poète français Aloysius Bertrand et le grand nom de la science-fiction cyberpunk : William Gibson.
Outre avoir été un « déclencheur » pour me mettre à écrire, l’œuvre de Lovecraft m’a donné le goût de ce que j’appelle un vertige d’échelle, ces situations où les personnages sont écrasés par quelque chose qui les dépasse. C’est le cas des histoires lovecraftiennes « pur jus » avec des entités immémoriales, mais on peut l’imaginer dans bien d’autres tournures hors du fantastique : l’individu dépassé par l’accumulation et le profilage de ses données numériques, un.e employé.e d’un grand groupe institutionnel ou privé pris dans ses rouages au point de n’en devenir qu’un minuscule engrenage…
Aloysius Bertrand a mis dans ses poèmes en prose toute ce que j’aime trouver dans la fantasy, et m’en a fait prendre conscience. Même si je peux apprécier des intrigues politiques, des histoires de complots, comme ça se fait beaucoup en fantasy j’ai l’impression que ce que je préfère, c’est le mystère des atmosphères surnaturelles, vaporeuses, étranges… Presque dans l’onirisme en fait, le genre de mondes médiévaux brumeux et superstitieux assez typiques des représentations par les romantiques. J’ai également retrouvé tout ça dans Chien du Heaume de Justine Niogret, qui figure aussi parmi mes romans préférés. Paradoxalement, j’ai très peu travaillé dans ce genre, mais j’aimerais m’y mettre davantage.
Enfin, William Gibson, qui a été un autre déclencheur : celui qui m’a fait passer à l’écriture de science-fiction. En fait, plus encore que ses deux trilogies cyberpunk et postcyberpunk (même si je les ai beaucoup appréciées), c’est son triptyque contemporain qui m’influence le plus. Dans Identification des schémas, Code source ou Histoire zéro, Gibson présente nos années 2000 à 2010 environ, sous un jour qui les transforme presque tout autant en science-fiction. Ça passe par le choix de milieux professionnels très particuliers, mais aussi par une aura mêlée d’étrangeté et de banalité qu’il arrive à donner à des objets technologiques du quotidien. Il met en lumière cette dichotomie : des objets qui auraient été dignes de la science-fiction encore tout récemment, mais deviennent si ordinaires qu’on les considère presque comme dus, qu’on les maltraite, qu’on les jette…
Ça va sembler peut-être un peu perché, mais outre l’impact sur mes thèmes d’écriture, Gibson a véritablement changé ma vision de notre environnement technologique. Errer dans les rayons high-tech de la Fnac juste pour regarder les designs de smartphones, d’ordinateurs, de téléviseurs, et leur évolution me captive autant que s’il s’agissait d’œuvres exposées dans un musée ! Et pour autant, je suis partisan d’éviter le gaspillage technologique, et j’utilise un téléphone Samsung de 2014 qui me convient totalement !
L’influence de William Gibson est celle qui m’a accompagné le plus nettement au fil de mon travail d’écriture ces trois dernières années.

Pouvez-vous nous parler de votre anthologie de nouvelles, Éclats de silicium, publiée en novembre dernier ?

C’est un recueil de sept nouvelles qui ont pour point commun de graviter autour de thèmes très high-tech : piratage et sécurité informatique, surveillance, intelligence artificielle, implants et interface humain-machine… Le ton des textes varie entre science-fiction très froide, un thriller un peu plus « léger » autour du hacking et même une incursion hybride dans un fantastique d’inspiration… lovecraftienne (eh oui). La plupart sont plutôt sombres, mais pour autant, je ne les considère pas comme des dystopies car mon objectif n’est pas de représenter un univers qui serait en lui-même inquiétant et sous un jour pessimiste (je ne suis résolument pas quelqu’un de pessimiste vis-à-vis de la technologie, au contraire) mais plutôt de raconter des événements sombres dans un univers qui n’est en lui-même ni « bon » ni « mauvais ».
J’ai beaucoup travaillé dans cette veine d’anticipation technologique ces dernières années, et j’ai voulu regrouper, au départ, l’intégralité de mes nouvelles écrites dans ce domaine. L’ensemble forme un recueil d’une quinzaine de textes, que j’espérais initialement publier via l’édition traditionnelle. Mais j’ai rapidement compris que les nouvelles n’ont pas un marché très développé en France (la situation diffère beaucoup aux États-Unis apparemment) : il reste possible d’en faire paraître dans des anthologies thématiques qui regroupent plusieurs auteur.e.s, comme ça a été le cas pour la plupart de mes publications. Les recueils de nouvelles d’un seul auteur n’intéressent pas la grande majorité des maisons d’édition, en particulier dans la littérature de l’imaginaire (ce qui se comprend, elles ont besoin d’assurer un retour sur investissement). Cela m’a décidé à tenter l’autoédition via la plateforme Kindle Publishing d’Amazon. Le pas n’a pas été évident à franchir pour moi car la sélection éditoriale classique vient jouer un rôle de « validation », que j’avais l’impression de ne plus avoir en étant seul maître à bord… Pour « compenser » et essayer de proposer le meilleur résultat possible, j’ai sélectionné les textes en fonction des retours de bêta-lecture, et j’ai d’ailleurs sollicité plusieurs fois la communauté de lecteur.ices et auteur.e.s de Twitter pour leur avis sur certaines nouvelles. Et au final je suis arrivé à cette sélection de sept textes, dont cinq inédits – les deux premiers ont été publiés initialement dans une revue et une anthologie.

Vous venez de terminer la publication feuilletonnée de votre roman, Signal mort, sur Wattpad. Connaissez-vous déjà le sujet de votre prochain ouvrage ?

Alors, en vérité, je dois avouer qu’il n’est pas achevé… J’ai voulu tester la publication feuilletonnée pour me contraindre à un rythme d’écriture soutenu dans le cadre d’un projet rédigé « en jardinier », donc la méthode d’écriture qui privilégie l’inspiration un peu instinctive sans chercher à construire une trame, préparer un plan précis du roman, etc. Mon intention était de mener de front un projet « jardinier », Signal mort, et de préparer la trame d’un autre récit en parallèle. Mais au final, ça n’a pas du tout fonctionné comme je l’espérais : la rédaction de Signal mort me prenait de plus en plus de temps et l’écriture « en jardinier » ne me satisfaisait pas. J’ai donc mis ce récit en pause le temps de travailler mon autre projet : un roman de thriller science-fiction qui aura connu de multiples variantes de trame et de versions, mais à l’heure où j’écris ces lignes, je pense avoir trouvé la bonne !
Je compte reprendre Signal mort mais je ne sais pas encore de quelle façon, j’hésite à essayer de préparer une trame qui se baserait sur la situation déjà décrite dans les chapitres postés sur Wattpad, ou à tenter à nouveau « en jardinier ». Mais si j’optais pour cette deuxième option, je pense que ce récit fera plutôt la longueur d’une nouvelle ou novella que d’un roman.
Quant à mon prochain projet, dont j’espère amorcer la rédaction tout prochainement, c’est comme je disais plus haut un thriller dans un contexte futuriste proche, qui va aborder plusieurs thèmes qui m’intéressent particulièrement en ce moment : la privatisation des secteurs du renseignement et de la police, l’omniprésence croissante des outils algorithmiques dans ces mêmes domaines, et… l’atmosphère d’une ville nocturne parcourue d’éléments d’automation. Je préfère ne pas en dire plus !

Depuis 2 ans, vous publiez la plupart de vos écrits sur Wattpad. Que vous apporte ce mode de diffusion ?

couverture du livre Musiques d’Outres-mondes

Wattpad a été pour moi une bonne opportunité de trouver de nouveaux.elles lecteur.ice.s et de découvrir d’excellents textes écrits par la communauté Twitter. En réalité c’est surtout une utilisation combinée de ces deux réseaux sociaux qui a été intéressante pour moi, car cela permet de cibler à la fois des lecteur.ices potentiel.les et des œuvres qui peuvent me plaire, car autrement il y a tellement de contenu sur Wattpad que c’est difficile de s’y retrouver et d’explorer « au hasard »…
J’ai eu quelques échos négatifs et des retours de rencontres assez peu agréables sur Wattpad, mais pour ma part, l’expérience que j’en ai est totalement positive. J’ai reçu des commentaires très constructifs sur certains textes, qui ont été l’occasion de les retravailler et de les améliorer. Et même si pour moi l’essai a été plutôt mitigé au final, je pense que la publication feuilletonnée, qui se pratique énormément sur Wattpad, peut-être un excellent moyen de se motiver pour écrire régulièrement et avancer un récit. Bien davantage qu’en étant seul devant son traitement de texte, car avec les votes et les commentaires on sait que notre histoire est attendue, donc on se pousse davantage au travail !

Sur Twitter, vous lancez chaque jour le Défi Micronouvelles qui consiste à écrire une histoire courte inspirée d’une photo. Vous attendiez-vous à avoir autant de réponses ?

Vraiment pas du tout ! Au départ l’idée s’est lancée comme un petit jeu d’écriture avec des ami.e.s auteur.e.s sur Twitter, on était juste un petit groupe à participer au début puis ça a pris des proportions que je n’aurais jamais imaginées (à l’échelle d’un compte Twitter très modeste en nombre d’abonnés, bien entendu) ! Pour donner une idée : je tiens une liste des noms Twitter des personnes qui ont demandé à être notifiées pour chaque nouvelle image, et à l’heure actuelle j’ai 121 comptes différents sur cette liste. Bien entendu, on est loin de ce compte en termes de participant.e.s chaque jour (plutôt entre 10 et 20 en moyenne) mais sur environ 9 mois que ce jeu dure (avec des pauses) ça donne une idée du nombre d’auteur.e.s qui ont participé au fil du temps.
De même, je ne pensais pas du tout que ce jeu deviendrait un petit « rituel » récurrent qu’un certain nombre de personnes attendent avec enthousiasme ! J’ai reçu des retours très positifs de gens qui ont trouvé dans ce « Défi Micronouvelles » l’occasion de reprendre l’écriture après parfois des années sans pratiquer, ou même de commencer à s’y mettre. Ça me fait très plaisir d’avoir pu, dans une certaine mesure, les y aider !

Vous pouvez suivre KeoT :

  1. sur son blog
  2. sur Twitter
  3. sur Instagram
  4. sur Wattpad

Bibliographie

Romans

  1. Signal mort, en cours de publication épisodique

Recueil de nouvelles

  1. Éclats de silicium, 2019

Nouvelles

  1. NingirSecurity, 2019
  2. Service client, 2019
  3. Urbex, Éditions de la Caravelle, 2019
  4. Clameur dans le vent dans le fanzine Horrifique, n°130 spécial Secrets de Cthulhu n°10, 2018
  5. Damnatio Memoriae dans le fanzine Horrifique, n°130 spécial Secrets de Cthulhu n°10, 2018
  6. Coordination des souffles dans l’anthologie A distance, BienVenus sur Mars, 2018
  7. M.A.H dans l’anthologie Musiques d’Outre-mondes, Arkuiris, 2018
  8. Une belle épaisseur de poudreuse dans l’anthologie Cadavre et ski, Les Pontons Flingueurs, 2018
  9. Alors, le marché fut conclu dans l’anthologie Réalités, volume 2, Éditions Realities Inc., 2017
  10. Interception sur le site de la Revue des Citoyens des Lettres, publication 004, 2017
  11. L’aube des cœurs noirs dans l’anthologie Otherlands Soundtracks, Otherlands, 2018
  12. Surcharge système dans la revue Etherval, N°11: Falciparum (Parasites et Symbiotes), octobre 2017